
Je m’étais juré d’aller le voir, je voulais le voir à tout prix ce film, toute mordue de liberté que je suis ! Férue de voyages, routarde à mes heures, j’aime à traîner mes guêtres dans les salles obscures qui me donnent, le temps d’un film, l’illusion de l’évasion, entre deux journées chargées et en attendant mon prochain voyage… Et je n’ai pas été déçue !
C’est l’aventure d’un jeune homme destiné à une brillante carrière qui plaque tout pour se sentir libre. Affranchi de ses parents, débarrassé de ses études, il abandonne sa voiture et brûle son argent pour commencer une nouvelle vie…
Si je me suis identifiée rapidement au personnage soudain empli d’une liberté qu’on croirait sans limite, j’ai eu très vite le cœur serré à entendre sa sœur raconter cette période de sa vie où il est absent de la maison, parti sans donner d’adresse, bougeant çà et là sans prendre le soin d’envoyer de ses nouvelles.
Sans arrêt je me suis demandé s’il allait rentrer et, le cas échéant, qu’elle serait sa vie. Mais voilà que pris à son propre piège, il ne peut revenir en arrière, s’empoisonne par mégarde, et meurt, seul. Sa quête n’aura pas été vaine puisque la dernière phrase sera sa plus grande découverte sur le bonheur, et que, son dernier regard tourné vers le ciel, il pardonne à ses parents.
Même moi, baroudeuse, j’ai été sous le choc. Ce film, et surtout sa fin, m’a fait réfléchir : qu’est-ce que je cherche dans mes voyages ? Qu’est-ce que j’y trouve ? Reviendrai-je de mon prochain voyage ? Pourquoi ? Pourquoi pas ? Jusqu’où irai-je par soif de liberté et de solitude ? N’est-il pas dommage de laisser sa vie au moment même où on en comprend l’essentiel ? Ce besoin d’expérimenter soi-même est-il purement humain ? Pourquoi ne pas nous enrichir des expériences des autres ? Surtout que “le bonheur n’existe que s’il est partagé”…
BarCal.
20 janvier 2008 à 1:00
Un film où Sean Penn passé derrière la caméra est au sommet de son art. Une révélation de ce jeune acteur qui incarne notre barroudeur, dans lequel, qui que nous soyons, nous nous projetons… Parce que, chacun de nous, est en quête de vérité, de liberté… Chez lui, cela passe par ce “partir” inconditionnel, cette soif des grands espaces, loin de ses parents hypocrites, loin de cette société engluée dans son matérialisme.
Mais est-il si libre que ça ? Ne représente-t-il pas la figure de l’errance plutôt que de l’itinérance … ? Vous allez me dire quelle différence entre ces deux marches ? La première n’a pour objet qu’elle même ; elle est – et j’ose le mot – finalement très égocentrée… Notre héros s’imaginait-il un instant la lecture que sa soeur ferait de l’événement de son départ ?
La seconde répond à un appel, un besoin – parfois insondable – de se mettre en route pour un projet, pour suivre quelqu’un ou Quelqu’Un. La seconde est ouverte à la rencontre, à la relation fraternelle et amoureuse. L’amour peut-il être écarté au prix de la recherche radicale de la vérité ?
La fin, sonnant comme un glas, donne la réponse : “le bonheur n’est vrai que s’il est partagé”…
Il y aurait encore mille choses à dire sur ce film. Ce sera pour une prochaine fois !
19 février 2008 à 12:00
Et oui, très bien vu Nevis !! Le parallèle entre les deux films est tout à fait justifié et bien senti, c’est intéressant.
Un grand point commun : dans “La dernière marche”, le condamné à mort se réconcilie avec lui-même et avec Dieu, et aussi il demande pardon le jour de sa mort, il présente sa demande de pardon aux familles qu’il fait souffrir. Alors oui il meurt quand même, mais il a cheminé, et certainement, le film ne le dit pas puisqu’il s’arrête là, mais ses derniers mots vont permettre aux familles de cheminer aussi.
De même, Alex Supertramp d’”Into the wild” meurt seul, laissant un vide immense pour ses parents et sa soeur. Son absence les avait mis en mouvement vers une remise en cause d’eux-mêmes. Certes le retour du fils prodigue n’est que rêvé, et par Alex seul, mais les écrits qu’il leur laisse leur donnent autant de grain à moudre pour un pardon post-mortem… L’écriture a ce pouvoir, cette force ! Et c’est tant mieux !!
19 février 2008 à 7:04
Moi aussi j’avais envie de partir avant de voir ce film… et contrairement à ce que j’appréhendais un peu, mon envie n’est plus la même après car ce film pose des vraies questions sur mes motivations de départ, le choix du mode de déplacement, ma porosité aux rencontres et aléas imprévus, le sens de ma quête… Car partir pour fuir, même si c’est une délivrance, ça finit toujours mal quand il faut revenir ou s’inventer une autre vie sans retour possible en arrière.
Mais comment partir sans rompre ? Comment se détacher sans couper les ponts ? Quel équilibre entre la soif de liberté et de solitude, et les liens d’amitiés, d’amour, de famille, tissés durant tant d’années avec des gens qui nous réclament ?
Et quelle place pour le vagabondage dans notre société ?
Finalement, ce film m’a lancée dans un voyage intérieur, avec pour compagnons de route toutes ces questions et bien d’autres encore, Alex Supertramp et Sean Penn, pour penser autrement le départ… mon prochain départ…
26 février 2008 à 12:12
Au cas où vous n’auriez pas compris au vu des articles postés (d’ailleurs tous très pertinents – merci l’équipe rédac perm’), IL FAUT ABSOLUMENT ALLER VOIR “INTO THE WILD” !!
Autre réflexion pour les cinéphiles : il y aurait un parallèle intéressant à faire entre la fin de ce film et la finale de “La dernière marche”. En deux mots, “Dead Man Walking” (qui est le titre original anglais) raconte l’histoire d’un condamné à mort (Mathew Poncelet) aux Etats-Unis, accompagné par une religieuse (Helen Prejean)… Avant sa mort, Mathew va vivre une véritable réconciliation avec lui-même, avouant, dans les larmes (signe de lâcher prise), sa part de responsabilité dans le crime pour lequel il est condamné. Ceux qui ont déjà vu ce film et m’ont déjà entendu à ce sujet savent à quel point cette scène m’a bouleversé (il y a là d’ailleurs, une vraie analogie au sacrement de réconciliation).
A l’issu, Mathew, bien qu’allant recevoir l’injection finale, est en mesure de demander pardon aux familles des victimes. La caméra filme alors depuis un avion des grandes étendues de forêt, de nature, exprimant ainsi la liberté du coeur de Mathew, pacifié, réconcilié ; nous dirions dans un langage plus courant “il part au paradis”…
Il y a quelque chose de similaire avec notre Christopher-Alex… La caméra filme sa mort, un peu de la même manière… une scène imaginée, désirée de retrouvailles avec ses parents qu’il a fui, le serrant dans leur bras (ça vous rappelle pas un texte de l’Evangile ?!) et les étendues de nature autour de “son bus”…
Ce parallèle entre ces deux fins de films vous étonne ?! Comme par hasard, Mathew Poncelet, ce condamné à mort de “Dead Man Walking” était joué par Sean Penn…